logo

Au cœur du Delta du Danube

1 200 variétés de plantes, 300 espèces d’oiseaux, 45 espèces de poissons et seulement 15000 habitants au sein de 3446km², ces quelques chiffres permettent rapidement de comprendre pourquoi le Delta du Danube, en Roumanie, est une réserve de biosphère reconnue par l’Unesco depuis le début des années 90.

Pour le photographe animalier, le Delta du Danube ce sont évidemment des images de pélicans, de hérons de toutes sortes et de grèbes qui viennent rapidement en tête, mais finalement, c’est très réducteur et je vais tenter de vous le prouver !

Avant tout, le fait de photographier la nature sur le Delta demande une première adaptation : ici, on ne photographie pas comme ailleurs : on photographie depuis un bateau… les courants étant généralement assez faibles, les bateaux à fond plat que l’on trouve sur le Delta ne posent pas de problème de mal de mer (j’avoue par contre qu’après 7 heures dans un bateau, le retour sur la terre ferme était un peu laborieux, avec une impression de tangage un peu troublante).

Ibis falcinelle

Une journée dans le Delta commence donc en s’installant dans un bateau, dans mon cas celui-ci est spécialement adapté pour la photographie animalière. Installé derrière mon trépied, c’est une vision panoramique sur le Delta du Danube qui m’attend. La balade commence par la traversée d’une succession de chenaux et de petits canaux, en effet, on est ici, comme vous pouvez le voir sur la carte, dans un environnement constitué de centaines de lacs de différentes superficies, que réunissent des canaux par milliers. Ici, sans guide, on passerait plus de temps à se perdre qu’à faire des images !

Carte du Delta – On constate bien ici le nombre de lacs de toutes tailles qui constituent le Delta du Danube

Au bout de quelques kilomètres, on arrive enfin sur le type d’environnement typique du Delta : de l’eau et des nénuphars à perte de vue. Et tout autour, des oiseaux. Qui volent, qui nichent, qui chassent… la vie est présente partout et les oiseaux, bien moins martyrisés par les activités humaines ici que dans nos pays surdéveloppés, sont assez peu farouches et tolèrent, pour peu que les approches se fassent intelligemment et en douceur, de se retrouver à moins d’une dizaine de mètres de nous.

Orage sur le Delta – Image réalisée, pour changer, au smartphone ! (Samsung Galaxy S6)

Il est ainsi particulièrement impressionnant, quand on l’habitude de les voir décoller à plusieurs dizaines de mètres tellement ils craignent l’homme en France, de se retrouver à 15 mètres d’un héron pourpré en pleine chasse, qui ne se trouve nullement dérangé tant que le bateau se déplace en douceur et que ses occupants ne gesticulent pas dans tous les sens.

Héron pourpré

Pour l’ornithologue, le Delta permettra également d’observer des oiseaux peu courants (voir même absents) de nos latitudes. De mon côté, le grèbe jougris, oiseau cousin de nos classiques grèbes huppés et grèbes castagneux, fait partie des oiseaux que je prends le plus de plaisir à observer durant mes escapades roumaines.

Grèbe jougris

L’amoureux des ardéidés trouvera son bonheur à chaque détour, aigrettes, hérons, bihoreaux, crabiers se laissent observer tout au long du périple. A la fin, même celui qui n’a jamais photographié en détail le crabier chevelu finit par disposer d’une photothèque des plus impressionnantes.

Crabier chevelu

Mais les oiseaux ne sont pas les seuls animaux présents sur le Delta. En sillonnant les canaux entre mai et juin, l’observateur chanceux pourra tomber sur d’énormes nuées d’éphémères. Cet insecte, qui porte particulièrement bien son nom, après trois années passées sous forme de larve (la naïade), ne survit que quelques heures sous son stade adulte, le temps pour lui de se reproduire, avant de mourir et d’offrir ainsi un réel festin aux poissons, grenouilles et oiseaux ayant la chance de se trouver au bon endroit au bon moment.

Éphémères en vol

Profitons-en pour en revenir aux oiseaux. Impossible évidemment de parler du Delta du Danube sans évoquer ses ambassadeurs : les pélicans. Deux espèces se partagent les lieux : le pélican blanc et le pélican frisé.

Pélican frisé

Les premières observations sont impressionnantes, en particulier quand les pélicans sont en vol. Oiseaux massifs, jusque 13 kilos pour les plus grands, les décollages sont laborieux et pourtant, une fois en vol, les oiseaux sont réellement gracieux et sont d’excellents planeurs.

Pélican blanc en vol

Mais c’est la pêche du cormoran qui est un moment fort de l’observation. Réunis en petits groupes, les oiseaux sont partisans de la pêche collective, et les oiseaux avancent en ligne, récupérant simplement les poissons dans la poche de leur bec.

La pêche des pélicans blancs

Et pour le naturaliste chanceux, d’autres observations sont possibles, le chat sauvage est ainsi bien présent sur le Delta, et, encore plus rare, la loutre est bien là, même si elle ne se montre guère !

Loutre d’Europe

Vous avez apprécié cet article ? N’hésitez pas à le partager !