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Au plus proche du pygargue à queue blanche

Bruxelles, 6h30 du matin, l’avion décolle, destination la Hongrie, et plus précisément le Parc National d’Hortobágy, l’objectif : photographier un des plus grands rapaces d’Europe : le pygargue à queue blanche.

Pygargue à queue blanche

Il existe plusieurs endroits en Europe où l’on trouve des affûts permettant de photographier cet oiseau. En Hongrie, c’est au cœur d’une réserve de 80 000 hectares, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, que Sakertour, spécialisé dans la mise à disposition d’affût photographique, propose de rencontrer, en toute discrétion et avec une proximité plus qu’impressionnante, ces grands aigles.

Après l’atterrissage à Budapest, il nous faudra encore un peu plus de 2 heures de route pour rejoindre notre camp de base à Balmazújváros, petite ville de 17000 habitants. C’est d’ici que nous partirons tous les matins pour visiter les affûts disponibles. Ces affûts justement, en période hivernale, sont au nombre de 4 : deux affûts principaux pour le pygargue, un affût qui permettra de rencontrer d’autres rapaces, comme la buse variable ou le busard Saint Martin, et enfin un affût en forêt, destiné à photographier les passereaux à la mangeoire. Une fois installés, nous avons le plaisir de découvrir que la neige va nous accompagner durant notre séjour, pour moi qui apprécie tout particulièrement ce type de météo, c’est parfait !

Pygargue à queue blanche

La journée type commence à 5 heure du matin, heure à laquelle sonne le réveil, pas question de trainer, à 5h30 notre guide, un ranger du parc, vient nous chercher pour nous conduire à l’affût. Il est indispensable, si l’on veut éviter que les oiseaux désertent la zone, de rentrer avant l’aube et de ne sortir de l’affût qu’en toute fin de journée. Les deux affûts à pygargues sont situés au cœur du Parc. Devant nous, sur les côtés, derrière nous, la plaine, immense et impressionnante de calme; le silence qui nous entoure donne le ton, ici, c’est la nature qui dirige, l’homme n’y est qu’un simple observateur. Il est temps de découvrir les endroits dans lesquels nous allons passer le plus clair de notre temps pendant une semaine. Les affûts sont assez grands, on y tient aisément à 3 avec tout notre barda, mais c’est à 2 que le confort est idéal, ainsi chaque photographe peut aisément disposer 2 trépieds face à lui sans gêner le moins du monde son comparse. Comble du confort, les affûts disposent tous d’un petit chauffage au gaz qui permettra progressivement de faire monter la température à des niveaux plus que corrects. Ici pas de filet de camouflage pour se cacher, c’est une vitre qui nous séparer du monde extérieur. C’est la deuxième fois que je me retrouve dans ce type d’affût, et même si la frustration d’être coupé du monde extérieur est toujours présente, le panorama qu’offre ce morceau de verre de plusieurs mètres de long est un régal pour l’observation. D’un point de vue photo, on perd 1.3 diaph et le piqué est très légèrement dégradé, toutefois en fermant d’un clic et en montant un peu en iso, on oublie très vite ce désagrément pour se concentrer sur le plus important : ce qui se passe sous nos yeux.

Devant les affûts, les rangers ont installés de la nourriture pour les oiseaux : d’énormes carpes et un lièvre. Très rapidement, les corvidés font leur apparition, choucas, corneilles mantelées et corbeaux freux viennent profiter de cette manne providentielle. Un autre acteur, plus rare sur la zone, nous fera également le plaisir de se joindre à la razzia : un couple de grands corbeaux. Toute cette petite bande est en effervescence, ça vole, ça se chamaille, ça s’enfuit avec un morceau de poisson, les aigles ne sont pas encore arrivés que les boîtiers crépitent déjà et que les cartes mémoire se remplissent. Et puis un chuchotement, en un mot, tout s’arrête : « pygargue ». Nous regardons arriver cet oiseau immense, de plus de 2 mètres d’envergure, il se pose en haut d’un arbre mort à moins de 50 mètres. Dans l’affût, plus un son, nous savons que l’oiseau est particulièrement farouche, au moindre doute, il disparaîtra pour ne plus revenir. Les secondes puis les minutes passent. L’oiseau est prudent. Au bout de plusieurs dizaines de minutes, il descend enfin. Nous attendons encore, nous le savons tous, tant qu’il n’aura pas commencé à se nourrir, rien n’est gagné. Et voila, il saisit le poisson avec ses serres et commence son festin. Un déclenchement prudent, pas de réaction. Un autre, toujours rien. Ca y est, nous pouvons enfin réaliser ces images dont nous rêvons depuis plusieurs mois. Peu de temps après c’est un second, puis un troisième aigle qui viendront se présenter devant nos objectifs, nous permettant de réaliser des images en vol ainsi que des prises de vue au moment des altercations. Sur l’ensemble du séjour, la séance la plus faste nous permettra d’observer pas moins de 18 pygargues en même temps devant l’affût.

Pygargue à queue blanche

L’affût en forêt, situé près de Debrecen, va nous permettre de rencontrer de très nombreuses mésanges et pics épeiche, mais également des espèces moins fréquentes telles que le pic mar, le bruant jaune ou le grosbec casse noyaux. Cet affût nous permettra également de faire une coupure bienvenue dans le rythme des affûts, en effet nous nous y rendons plus tard, vers 7h30 du matin (presque une grasse matinée), et le quittons assez tôt, vers 15h.

Portrait de pic mar

Le matériel, puisqu’il occupe tout de même une place importante, est diversifié : les objectifs utilisées ont varié du Sigma 12-24mm au Canon 500mm F4 IS avec extender 1.4, le tout complété par un télézoom Sigma 120-300mm 2.8 Sport, particulièrement bienvenu car permettant rapidement de passer des images d’ambiance aux images d’action. Je suis d’ailleurs en train de préparer une review de cet objectif, disponible prochainement sur mon site web. J’ai utilisé pendant tout le séjour un boitier APSC, le Canon Eos 7D.

Grand corbeau

Partir pour ce genre de trip présente  un avantage certain, c’est que même si le résultat n’est pas garanti (on est tout de même face à des espèces sauvages), les chances de revenir bredouille sont très minces. Choisir un organisme renommé, disposant sur place d’une organisation fiable et rodée permet également de vivre 100% photo pendant une semaine, sans avoir à prévoir quoi que ce soit d’autre que son équipement (vêtements et matériel photo). L’inconvénient, car il y en a un, est qu’au final, on se retrouvera bien vite tous avec des images similaires. Il n’est pas impossible de produire un travail original, toutefois, encore plus qu’habituellement, cela nécessitera d’arriver sur place avec des idées assez précises de ce qu’on souhaite faire, il n’en reste une expérience exceptionnelle au contact d’un oiseau de légende.

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