Test terrain du Canon Eos R6

 

Canon a frappé un grand coup, pendant cet été 2020, avec la sortie du Canon Eos R6 et celle du Canon Eos R5. Extrêmement attendus, ces boîtiers sont la chance pour Canon de se remettre au niveau pour ce qui est des boîtiers hybrides. Alors que vaut ce Canon Eos R6 ? Il est temps de passer au test !


Mais avant cela, petit apparté : il y a quelques années, j’avais testé d’avoir, en parallèle de mon reflex, un bridge Panasonic en tant que second boîtier. De cet essai, vieux tout de même de plus de 15 ans, je retiens une qualité optique et de capteur très moyenne mais d’excellents souvenirs pour ce qui est de voir directement dans le viseur le résultat de ses réglages. Savoir pendant la prise de vue ce que donnera son exposition, sa balance des blancs…, voici ce qui est pour moi le vrai avantage de ne plus passer par la visée reflex. En contrepartie, on se retrouve à regarder en permanence un écran…

 
J’ai longtemps attendu avant de me décider à tester en profondeur les hybrides Canon. En effet les fiches techniques des modèles R et RP ne m’avaient pas convaincu et j’ai préféré attendre les hybrides de la « maturité ». Le Canon Eos R5 et le Canon Eos R6 étant maintenant disponibles, avec leur lot de fonctionnalités et d’innovations, il était grand temps que je teste en détail de quoi ils étaient capables. 
 
Vous vous demandez sans doute pourquoi je choisis de vous partager le test du Canon Eos R6 plutôt que du R5 ? J’avoue avoir hésité mais la réponse est simple. Les 45 millions de pixels me posent beaucoup de questions (auxquelles il faudra évidemment répondre par un test). Cette résolution me semble idéale pour les paysagistes qui peuvent travailler sur pied et n’ont jamais assez de pixels. Mais pour moi, habitué à travailler en rafale, tout particulièrement sur des sujets en mouvement, que ce soit depuis une voiture, un bateau, un affût flottant ou simplement à pied à main levée, une telle résolution peut avoir un inconvénient. Le risque de micro flou de bougé augmente en effet avec le nombre de millions de pixels du capteur. La raison en est simple, un capteur faisant toujours la même taille physique, plus vous le gorgez de pixels, plus ceux-ci devront être petits. Et plus ils seront petits, plus vous augmenterez le risque de voir apparaître de micro flous de bougé. Un autre point important concerne le traitement de fichiers aussi lourds : des temps de transfert plus longs, des stockages devant être plus importants, des cartes mémoires également à changer si on veut profiter des 2 slots. A ceux qui trouvent que 20 millions de pixels ce n’est pas assez, je répondrai simplement par une question : dans combien de cas avez-vous eu réellement besoin de plus ? Lors d’un précédent Festival International Nature Namur, une de mes images de hibou des marais avait été utilisée pour l’affiche du festival, cette image s’était donc retrouvée sur une bâche de plusieurs mètres de diagonale. Personne n’avait eu à redire de sa qualité, elle avait pourtant été prise avec un boîtier APSC 7D de 18 millions de pixels, le tout légèrement recadré. Et des exemples de grands tirages, j’en ai bien d’autres, y compris avec des fichiers issus du 1D Mark III (10 Mpx).
 
600mm F4 1/640ème ISO 160
 
Avant d’attaquer, une dernière précision : Adobe Lightroom Classic n’étant pas encore en mesure de traiter les fichiers CR3 issus de ce boîtier, j’ai été forcé de modifier mon process de post-traitement pour commencer par dérawtiser les fichiers via DPP (logiciel Canon) puis ensuite affiner le traitement via Photoshop. Ceci n’est pas idéal et je suis persuadé qu’il entraîne une légère baisse de qualité dans les rendus finaux (au passage, Canon, si vous me lisez, s’il vous plaît, faites quelque chose concernant DPP, l’ergonomie de ce logiciel, que je ne doute pas puissant en terme d’algorithme, n’est pas digne de 2020 (ni même de 2010) !)
 

Les bases : ergonomie et prise en main

 
Si vous venez d’un boîtier reflex type 5D, 6D ou 7D, la taille du boîtier, même s’il est plus petit que votre machine actuelle, ne devrait pas vous gêner. En effet même si le boîtier est moins encombrant, la taille de la poignée et la manière dont les boutons tombent sous les doigts sont en majorité très similaires, si ce n’est le joystick que je trouve un poil trop éloigné de l’endroit où tombe naturellement le pouce.
 
Eos R6 sur la gauche, Eos 5D Mark IV sur la droite. On note ici l’augmentation du nombre d’onglets dans le premier menu (de 5 à 9 !)
 
La prise en main est donc confortable, même si je pense que l’ajout d’un grip, pour éviter que son petit doigt ne tombe dans le vide et pour améliorer l’utilisation de l’appareil en mode vertical ne serait pas de trop. 
 
Concernant les boutons, l’ergonomie a évolué par rapport aux reflex, en bien pour certains points, comme le bouton M-Fn permettant d’accéder rapidement à plusieurs réglages différents (dont les ISO). Le bouton loupe se retrouve également à portée de pouce droit, ce qui est très intéressant tant il est pratique de zoomer dans l’image, en pleine prise de vue en MAP manuelle, afin de s’assurer de la précision de sa mise au point.
 
Continuons ce test du Canon Eos R6 et on en arrive donc logiquement à parler du viseur. A la question : est-ce que c’est agréable de passer d’un viseur optique à un viseur électronique, ma réponse est simple : non. Non car viser avec un écran ne vaudra peut-être jamais la clarté, les jeux de contraste du viseur optique. Surtout, viser à travers un écran a tendance, à mon sens, à couper la relation avec son sujet. On rentre ici dans le très subjectif, voir l’irrationnel, mais quand j’avais Il y a quelques jours un chat sauvage dans le viseur et qu’il a commencé à marcher dans ma direction, quand ses prunelles se sont arrêtées sur moi, mon sentiment a été partagé entre l’excitation du moment et le regret de ne pas le saisir uniquement à travers les lentilles de l’objectif. Ce n’est qu’un détail, et j’imagine qu’avec un peu d’habitude on n’y pense même plus.
 
600mm F4 1/400ème ISO 5000
Pour autant, ce viseur est plein de qualités : parfaitement détaillé, la luminosité se règle efficacement (attention lors des prises de vues à l’aube ou au crépuscule, un viseur trop lumineux aura tôt fait de vous faire perdre complètement l’accommodation de vos yeux à une faible luminosité). La fluidité, lorsqu’on règle le framerate du viseur à 120 images par seconde (le réglage « éco » étant limité à 60 ips) est parfaite et suivre un sujet rapide ne m’a jamais posé le moindre problème. En 60 ips, suivre un oiseau en vol ou un mammifère en course est également largement réalisable mais le confort de prise de vue se retrouve légèrement altéré. Le fait de pouvoir visualiser les images prises sans avoir à quitter le viseur des yeux est très intéressant. Enfin, le viseur est ultra personnalisable et permet à chaque photographe d’afficher exactement les informations dont il a besoin : niveau électronique, histogramme en temps réel…
 
En parlant d’information, impossible de ne pas évoquer l’absence d’écran supérieur, tellement pratique pour vérifier d’un simple coup d’œil ses réglages. Je ne compte pas le nombre de fois où, par habitude, je l’ai cherché du regard. Et comme pour protéger l’écran arrière on aura tendance à le laisser face retournée, celui-ci ne sera guère plus utile. Un peu dommage pour un boîtier à plus de 2000 euros.
 
Eos R6 sur la gauche, Eos 5D Mark IV sur la droite
L’écran principal est orientable : c’est pratique et ça marche bien. Sa résolution et sa luminosité sont largement suffisantes pour faire une revue de ses images. 
 
Pour ce qui est des menus, les fonctionnalités de traitement raw directement depuis le boîtier, de suppression d’images par lots et de personnalisation des boutons sont de la partie. Les menus m’ont semblé plus denses que d’habitude mais les options se trouvent facilement et les fonctions qu’on va avoir tendance à utiliser le plus, comme les menus d’autofocus, sont claires et efficaces. 
 

Quand le photographe ne peut plus (autant qu’avant) râler sur l’autofocus

 
Si ce sous-titre n’est pas clair, alors mettons immédiatement les points sur les i : l’autofocus, que ce soit avec des optiques RF (testé avec le 24-105 F4-7.1 et le 800mm F11) ou des objectifs EF (testé sur 600mm F4 II, 100-400 II, 100mm macro IS) est rapide, précis et, comme le viseur, très personnalisable. Mais ça finalement, quand on vient d’un Canon Eos 5D Mark IV ou d’un 1DX, ça n’a pas grand chose d’innovant. 
 
400mm F8 1/3200ème ISO 2000
Ce qui est innovant c’est par contre le 1er mode autofocus, celui que beaucoup de photographes évitaient jusque là : le mode « automatique ». Dans ce mode, le premier de la liste, vous pouvez soit laisser le boîtier détecter automatiquement le sujet, soit le guider sur un sujet (si vous activez cette fonction, vous pouvez déplacer un petit viseur sur lequel le processeur va se focaliser pour trouver un sujet, le déplacement de cette cible peut se contrôler en glissant simplement son doigt sur l’écran tactile, intuitif et parfaitement réalisé). Si vous laissez complètement la main au boîtier en ayant activé la détection de l’œil (que vous pouvez paramétrer soit sur humain soit sur animal), vous entrez ici dans un nouveau monde. J’avoue, même si j’avais été bluffé par ce qui est fait chez Sony, je demandais à voir la copie de Canon. Et ça marche extrêmement bien (et pour continuer à évoquer Sony, pour avoir testé récemment les derniers versions de leur AF par détection de l’œil, je peux vous dire qu’on est largement au même niveau. Peut être même meilleur pour ce qui est des animaux mais cela nécessiterait des tests plus approfondis). Que ce soit des papillons, des chevreuils, des guêpiers, des aigrettes, des renards, dans 80% des cas, je n’avais rien à faire pour caler l’AF sur ma cible. Les 20% de cas restants, lorsque ça ne fonctionnait pas, sont dûs à… à je ne sais pas trop quoi en fait. Parfois, alors que tout me semblait idéal (sujet bien éclairé, regard tourné vers moi ou de profil), l’autofocus refusait de se fixer sur l’animal en face de moi, et m’obligeait à sélectionner directement mon sujet avant de pouvoir déclencher. Rien de dramatique, mais toujours un peu frustrant. 
 
600mm F4 1/640ème 1000 ISO
Associé à un buffer important (près de 90 images) et une rafale en obturation mécanique de 12 images par secondes (dans un bruit bien inférieur au mode silencieux de mon 5D Mark IV) et 20 images par secondes en obturation électronique dans un silence parfait, autant dire que ce boîtier est taillé pour l’action. Impossible d’évoquer l’obturateur électronique sans évoqué l’effet rolling shutter. Le principe, c’est qu’un capteur, quand vous activez l’obturateur électronique, enregistre les données en ligne, pas d’un coup sur la totalité de sa surface comme ce qui va se passer avec l’obturateur mécanique. Si vous effectuez donc un mouvement très rapide, par exemple le suivi d’un sujet très rapide de la droite vers la gauche, vous constaterez une sorte de distorsion des éléments fixes présents dans le fond de l’image.
 
Sur les images ci-dessous, vous constaterez que sur la première, le mur sur la gauche est droit. Il s’agit de la dernière image de la rafale, prise sans mouvement. Sur l’image qui suit, issue de la-dite rafale (20 images par seconde/obturateur électronique), je déplaçais rapidement ma visée vers la droite : on constate bien que le même mur (sur l’extrême droite de l’image) « penche » de manière artificiel.
 
Pas de mouvement : le mur est bien droit.
Mouvement rapide de la gauche vers la droite, l’ensemble des éléments subit une distorsion.
 

Ma plus grande crainte : l’autonomie 

 
Canon annonce, avec les nouvelles batteries LPE6nh (soulignons que vous pouvez utiliser des LPE6 et LPE6N), un nombre d’images maximum de 380 en utilisant le viseur électronique de ce Canon Eos R6. Dans les faits, j’ai régulièrement dépassé les 450/500 images en utilisant l’obturateur mécanique et même les 1000 en utilisant essentiellement l’obturateur électronique. 
 
Mais malgré ces chiffres bons à très bons (et même extrêmement surprenants), je ne peux que recommander à ceux qui opteront pour ce boîtier d’acheter un grip. Cela leur évitera, comme ce fut mon cas, de se retrouver à court d’énergie après une séance de 20 minutes auprès d’un chevreuil, dans une proximité m’interdisant clairement de changer de batterie. Pour finir sur la batterie, j’ai eu l’impression que les derniers pourcentages (à partir de 10%) baissaient bien plus rapidement, autant, donc, ne pas attendre le dernier moment pour la changer.
 
400mm F5.6 1/4000ème ISO 800
 

Qualité d’image et montée en ISO

 
Pour ce qui est de cette partie et comme à mon habitude, je ne me suis pas amusé à faire des images sur mires pour voir ce que donne la qualité et la comparer à mes autres boîtiers, je vous laisse vous faire votre propre idée avec les images partagées avec cet article. Ce que je peux dire c’est que les images sont parfaitement définies, la balance des blancs automatique fait bien son travail et la plage dynamique répond complètement à mes besoins. 
 
24mm F4 10 secondes 4000 ISO
 
Si on regarde maintenant la sensibilité du Canon Eos R6, je n’ai pas eu le sentiment d’être face à une révolution en ce qui concerne la montée en ISO mais à une très belle évolution. Aucune crainte à monter à 10000 ISO, si l’image est bien exposée et traitée avec soin, elle pourra sans problème être tirée en grand. 
 
Crop 100% uniquement traité avec l’antibruit de DPP : 1/8ème de secondes, 40 000 ISO
Crop 100% uniquement traité avec l’anti-bruit de DPP : 1/20ème de secondes, 102 400 ISO
Un nouveau petit regret, Canon n’a pas implémenté le 50 ISO dans ce boîtier. Pour certaines images et éviter de devoir fermer pour augmenter le temps de pause, je trouve ce réglage particulièrement pratique, dommage donc. 
 

Alors, on passe à l’hybride ?

 
Vous l’avez sans doute compris à la lecture de cet article, les fonctionnalités et la qualité de cet appareil m’ont largement convaincu. Bien sûr tout n’est pas rose et des options manquent, tout particulièrement l’écran supérieur. Je suis également surpris de la limitation en terme de vitesse au 1/8000ème en obturation électronique, quand Sony pousse celle-ci au 1/32000 ème de seconde. Un point particulièrement positif pas encore évoqué est que Canon a fait le choix, pour ce boîtier, de le construire autour d’un châssis en alliage de magnésium (comme les Canon Eos 5D et Canon Eos R6), gage de solidité et de rigidité.
 
Dernier point non évoqué dans ce test du Canon Eos R6, une innovation majeure pour un boîtier Canon (même si d’autres le font depuis pas mal de temps) : la stabilisation intégrée au boîtier. Auparavant, il fallait compter sur la stabilisation des objectifs, désormais, le boîtier est stabilisé et peut donc faire bénéficier de cette option l’ensemble des optiques. Soit pour améliorer encore leur stabilisation intégrée, soit pour les stabiliser si elles ne sont pas pourvues de l’option. Dans les faits, je n’ai pas réalisé de test spécifique pour voir ce que valait cette fonctionnalité. Ce que je peux par contre vous dire, c’est qu’à part la photographie du chat sauvage et celle du ciel étoilé, toutes les images de ce test furent réalisées à main levée (y compris les test ISO au 8ème et 20ème de secondes), c’est donc qu’à priori, ça fonctionne bien !
 
600mm F4 1/1250ème 100 ISO
De mon côté, je suis à deux doigts de craquer, les qualités de ce petit boîtier compensant très largement ses défauts. Ce qui me retient ? Pas grand chose à vrai dire depuis que je suis convaincu de l’efficacité de ce type de boîtier, y compris avec les optiques en monture EF. D’autant plus qu’avec un hybride, dont la mise au point se fait donc directement sur le capteur, plus besoin d’effectuer les micro réglages de ses objectifs. Ceux qui connaissent comprendront immédiatement l’intérêt ! 

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